"Je me définis comme un passeur entre le national et le local"...

Monique Limon : « Je me définis comme un passeur entre le national et le local »

ESSOR - le - Sevim Sonmez - Collectivités - Politique

Monique Limon : « Je me définis comme un passeur entre le national et le local »
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Elue députée La République en marche pour la 7e circonscription de l'Isère en juin 2017, Monique Limon nous retrace son parcours et ses fonctions au sein de l'Assemblée nationale. L'ancienne maire de Bressieux répond également aux critiques concernant l'éloignement des députés de la vie locale.

Quel a été votre parcours ?

J'ai exercé les fonctions d'éducatrice spécialisée pour les adolescents en difficulté et travaillé dans l'aide sociale à l'enfance, ensuite dans l'insertion et en tant que responsable de la politique de la Ville au Département. Sur le plan électoral, j'ai été à deux reprises (1989 et 2015) maire de la commune de Bressieux (moins de 100 habitants).

Pourquoi la députation ?

Ce n'était pas du tout prévu dans mon parcours. J'étais à la retraite depuis un an et demi et à nouveau maire de Bressieux, lorsque le parti socialiste est venu me chercher pour représenter un territoire plutôt à droite alors que mon cœur penche à gauche. J'ai réfléchi et me suis dit que la place était occupée par des personnes dont je ne partageais pas les valeurs et que je m'en voudrais de ne pas tenter ça. Un engagement sans être encartée. Puis, la façon d'aller vers les gens d'Emmanuel Macron, avant même d'étudier ses idées m'a séduite. En tant que maire, j'ai l'ai parrainé et donc été désinvestie par le PS. J'ai alors choisi de poser ma candidature pour En Marche.

« Décliner la loi sur le territoire »

Vous avez été élue (à 51,85 % des voix) face à Yannick Neuder, un homme politique d'expérience. Cela vous a surpris ?

Effectivement, on ne compare pas Bressieux à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs ! Au fur à mesure de ma campagne, on pouvait y croire un peu, pas seulement avec les résultats sur la circonscription, mais aussi par l'engouement suscité par l'élection d'Emmanuel Macron. Les personnes déçues par la droite et la gauche m'ont choisie. Ils n'avaient plus envie de discours mais d'actions et ont, je cite, « pris le risque de voter pour moi ».

Quel a été votre programme de campagne ?

Je me définis comme un passeur entre le national et le local et vice-versa. Et pas que dans les mots : il faut être à l'écoute des personnes. Au fur et à mesure des réunions publiques à l'Assemblée visant à constituer les différentes commissions, je ne me suis pas dirigée vers le social mais plutôt vers l'agriculture. Car les gens qui m'ont sollicitée pendant la campagne ont été les agriculteurs et j'ai décidé de m'investir complètement dans un sujet de société que je ne maîtrisais pas. Je me suis engagée avec eux dans les Etats généraux de l'alimentation (EGA). Le second sujet de campagne était la mise au travail des jeunes et la formation : j'ai été volontaire pour m'engager dans la commission apprentissage avec toujours une déclinaison au niveau local et des allers-retours entre national et local. La réforme de l'apprentissage a été déclinée sur le territoire dans différents CFA et lycées professionnels pour récolter les avis et les faire remonter au gouvernement. J'ai été également sollicitée par des entreprises pour fédérer des réseaux d'entrepreneurs. Ce que je vais faire en travailler au niveau de la circonscription, l'objectif étant de leur présenter la nouvelle loi Pacte1, la réforme des TPE-PME qui vise à leur donner des possibilités d'innover et de recruter. C'est pourquoi, nous avons aussi leur présenter les actions de Pôle emploi pour une meilleure collaboration. Ce sont les trois gros sujets qui se déclinent au niveau national et local avec toujours ce « faire avec ».

Vous avez lancé les « Cafés citoyens de la députée ». De quoi s'agit-il ?

Nous les avons démarrés fin avril au sein d'un café, durant une matinée de marché. Je suis à la disposition des citoyens qui désirent échanger et m'exposer leurs demandes et remarques. Tous les gros bourgs de la circonscription seront concernés et nous mettrons également en place des soirées pour les gens qui travaillent.

« Ma marque de fabrique est de "faire avec" »

Quel a été votre rôle des Etats généraux de l'alimentation ?

Les députés LREM de l'Isère ont décidé de décliner les ateliers des EGA en « Circo tour » pour aller à la rencontre et échanger avec des producteurs car notre agriculture est diversifiée avec des céréaliers, éleveurs et arboriculteurs. Rencontrer des producteurs, des transformateurs et des distributeurs m'a permis d'acquérir des connaissances et de noter les remarques venant du terrain. Une déclinaison de la loi a été faite au niveau du départemental, article par article, pour recueillir les avis des professionnels. Le projet de loi du gouvernement est à présent écrit et je suis responsable de texte LREM pour la commission des Affaires économiques. Une fois la loi votée, nous ferons des points d'étapes « en circo » relatives à l'application des EGA et de la loi.

Quelles sont les grandes lignes des EGA ?

Redonner du pouvoir d'achat aux producteurs qui fixeront des indicateurs de coût afin de déterminer les prix. Permettre à la restauration collective d'utiliser 50 % de produits locaux et 50 % à haute valeur environnementale dont 20 % de produits bio d'ici 2022. A l'heure actuel 6,5 % des sols sont traités en bio alors que l'objectif serait de 15 % à l'horizon 2022. L'aide alimentaire et le gaspillage sont également abordés dans les EGA.

Quels sont les défis de l'agriculture ?

Il faut redonner confiance aux agriculteurs mais en leur expliquant que 50 % des avancées seront dans la loi et 50 % dans leurs actions. Nous les accompagnerons à travers des aides à la formation, à la reconversion au bio, pour la réduction des phytos. Ils doivent y croire mais cela ne se fera pas tout seul en un claquement de doigt. Nous devons marcher ensemble. La loi est un démarrage car il y aura aussi les missions sur le foncier, sur la fiscalité, la prochaine Pac2 qui vont aussi donner des choses. Par ailleurs, d'ici la fin de l'année, tout le retard sera comblé au niveau des aides de la Feader3. Ma marque de fabrique est « de faire avec ». Je me sers de leurs remarques pour illustrer les réflexions au niveau national. Nous avons créé un document reprenant ces grandes lignes que nous avons remis au Premier ministre avant l'écriture du texte de loi afin de la compléter et l'enrichir.

Au bout d'un an, quel bilan tirez-vous ?

Je vais intégrer le groupe d'étude Alimentation et santé à l'Assemblée en tant que co-présidente ainsi que celui sur la loi Elan et je me suis inscrite au groupe pour des droits de l'enfant et jeunesse. En tant que parlementaire, il faut faire de la pédagogie sur les projets de loi mais aussi du service après-vente une fois les lois adoptées. Des amendements sont possibles pour évaluer leurs effets au bout d'un certain temps. Certes on est beaucoup pris sur Paris pour les commissions et auditions, mais il faut jongler pour décliner la loi sur le territoire. Je fais le maximum pour répondre aux invitations et essayer de mailler toute la circonscription qui compte 108 communes. Mon ambition pour la circonscription : booster l'emploi en améliorant la mobilité des personnes et notamment des jeunes qu'il faut garder sur le territoire. Cela passera par le développement de la formation et la culture.

« Certains ont un "regard obstrué" »

Le maire de Roussillon R. Duranton s'est pourtant récemment exprimé pour dénoncer ce qu'il considère comme un manque d'actions des députés. A votre sujet, il estime que « le travail que vous revendiquez a apporté zéro résultat alors que le conseil départemental a octroyé 1 M€ aux agriculteurs dans le plan de relance de l'économie ».

Il est prématuré de conclure que le travail conduit n'apporte aucun résultat, puisque dans le domaine agricole en particulier, la loi est justement en cours de discussion à l'Assemblée nationale. Je rappelle que dans le cadre du Grand Plan d'Investissement 2018-2022 voté par les députés, 5 Md€ sont investis pour accélérer l'adaptation des outils et le changement des pratiques de l'agriculture, la pêche, l'agroalimentaire et le secteur forêt-bois. Enfin, dans toutes mes interventions lors des EGA notamment, parfois d'ailleurs en présence du président du Département J.-P. Barbier, j'ai mis en avant les initiatives du conseil départemental de l'Isère en matière de restauration scolaire et encore dans le cadre du pôle Agroalimentaire. En aucune façon, je n'ai porté d'appréciation négative à l'action conduite par le Département.

Il regrette de ne pas « connaître votre position sur la suppression de la taxe d'habitation et le dossier Roybon » : une façon de dire que les « députés ne représentent plus les territoires, ni la population ».

J'ai affirmé durant ma campagne législative mon soutien au projet du Center parcs de Roybon. Cela fait maintenant plus d'un an ! Depuis, j'ai rencontré des « partisans » et des « opposants » à ce projet. Aujourd'hui, nous sommes dans l'attente de la décision de justice sur ce dossier. Après 10 ans d'attente, il faudra que toutes les parties prenantes se remettent autour de la table pour actualiser le contenu de ce projet. Mais oui, il faut un projet de développement économique dans les Chambarans, qui se fasse dans le respect du droit (et ce quels que soient les acteurs de ce dossier). Comme je l'ai déclaré récemment sur le plateau de Télé Grenoble, nul ne peut s'octroyer le droit d'occuper illégalement un espace privé comme public. Cela a toujours été ma position. Dire que je n'ai pas pris de position, c'est de la désinformation manifeste.

Concernant la taxe d'habitation, le président de la République avait annoncé cette mesure durant sa campagne électorale. La taxe d'habitation est un impôt qui cumule toute une série d'inégalités (sociales et territoriales). L'Exécutif s'est engagé à compenser la perte financière pour les communes. Laisser croire que sur ces dossiers, la députée de la 7e circonscription de l'Isère serait déconnectée de la réalité de son territoire, de ses collectivités, c'est encore faire la démonstration que certains ont un « regard obstrué ».

Propos recueillis par Sévim Sonmez


[29/05/2018]