Mon discours en hommage aux soldats morts pour la liberté de la France mais aussi aux familles qui ont perdu un fils, un mari, un père… sans oublier les gueules cassées, les 6,5 millions d'invalides.


DISCOURS - CENTENAIRE ARMISTICE 1918

[Discours de Monique LIMON, Députée de l’Isère, lors des cérémonies du 11 novembre 1918]

La semaine dernière, à l’Assemblée nationale, dans l’hémicycle, nous avons inauguré deux plaques comme il est d’usage de le faire pour les parlementaires qui ont marqué leur époque et leur empreinte à l’Assemblée elle-même.

L’une pour honorer la mémoire de Jaurès, l’autre celle de Clémenceau.

Le premier s’était opposé résolument à la guerre et en fut la première victime ; le deuxième l’a conduite jusqu’à la victoire, avec ténacité,  opiniâtreté et avec un engagement de tous les instants, n’hésitant pas à rejoindre les soldats dans les tranchées pour éprouver avec eux la fraternité du front.

En 2013 et 2014, la « Mission du Centenaire » nous a sollicité, nous les Français pour collecter les souvenirs de la Grande Guerre.

En nombre, les Français ont confié aux Archives des pans entiers de leur vie familiale et de leurs collections personnelles.

Il suffit de constater le nombre d’expositions qui ont été réalisées durant ce week-end pour comprendre combien nos concitoyens se sont massivement mobilisés pour répondre à cet appel.

Outre la garantie de leur sauvegarde, cette transmission a permis de partager avec la nation la douleur d’un conflit dont l’imaginaire collectif gardait comme celui d’un carnage d’acier et de boue. Les cartes postales, journaux, lettres, l’artisanat des tranchées ont mis à jour une autre dimension et complété notre compréhension de la Grande guerre : ces souvenirs racontent la dimension intime et personnelle du conflit. Ils en ont révélé, tout en nuances, la forte charge affective.

Des citoyens ont pris le soin, partout en France, de transmettre des objets et des documents, « liens de papier tissés entre le front et l’arrière ». Parfois lourds de sens, ils prouvent que la Grande Guerre est présente dans les mémoires.

Rappelons qu’en août 1914 a lieu une séparation des familles d’une ampleur inédite en France.

Au total, huit millions d’hommes seront appelés sous les drapeaux. Ces départs s’accompagnent d’un vaste effort d’écriture, lié à l’alphabétisation nouvelle.

Cette guerre s’écrit, et se décrit de l’intérieur.

On y lit en creux la nature de la transformation des sociétés en guerre et les effets de la guerre dans la sphère privée : lettres testaments, récits de baptêmes du feu, blessures, lassitude, imaginaire d’enfants, promesses, avis de décès. On y comprend l’épaisseur humaine de ce moment tragique.

Ces archives permettent de raconter l’histoire absurde et tragique, peut-être symbolique, du dernier mort français de la Grande Guerre. Victime d’un obus français, Auguste Renault est « mort pour la France » par erreur, à Robechies en Belgique, le 11 novembre à 10h58, deux minutes avant l’armistice. Ce sacrifice complète celui de millions d’autres.

Si le front a tenu, c’est que l’arrière a aussi tenu. Je me dois ici de rendre hommage à toutes ces femmes qui ont permis que le Pays ne s’effondre pas durant toutes ces années de guerre. Elles ont travaillé à l’usine, dans les champs, et assurées toutes les tâches du quotidien.

En 1918, sous le commandement de Foch, la rupture stratégique survient rapidement.

Lucide, il saisit l’opportunité laissée par l’échec de l’offensive allemande « Friedensturm », le 15 juillet.

En riposte, à partir du 18 juillet 1918, les Alliés prennent l’initiative de la Seconde bataille de la Marne. Elle se poursuit avec la rupture de la ligne de défense Hindenburg. Les Alliés la prennent en deux semaines, là où les Allemands avaient résisté toute l’année 1917.

Le chemin vers la victoire s’ouvre.

A l’autre extrémité géographique du conflit, l’Armée d’Orient du général Louis Franchet d’Espèrey part de Salonique, en Grèce, à compter du 15 septembre. Forte de 400 000 hommes dont 210 000 Français, elle attaque en direction de Belgrade à l’Ouest, et vers la Bulgarie à l’Est.

Le front bulgare est rompu, donnant lieu au premier armistice de la guerre. Ainsi est précipitée la défaite des puissances centrales, mais Clémenceau impose que la fin des combats se fasse sur le front français.

En novembre 1918, la victoire militaire est française, et celle de tous les combattants. Des Poilus, en premier lieu, mais aussi de leurs chefs.

Même si la reconnaissance envers cette génération perdure, nous vivons à une époque où l’idée d’une guerre européenne paraît lointaine, voire a disparu de notre imaginaire. Mais en prêtant l’oreille, entendons qu’elle n’est pas éradiquée.

Il nous faut, pour ne plus la vivre en expliquer les mécanismes funestes, donner à comprendre l’inimaginable, savoir dénoncer l’absurde qui a jalonné la Grande Guerre et respecter, à tous moments, ceux qui ont donné leur santé, leur jeunesse ou leur vie pour nous garantir un avenir meilleur. Nous tirons ainsi les leçons de 14-18.

La mémoire unit. Elle ravive les valeurs qui font notre Nation et rend tangible les principes sur lesquels s’est construite notre République.

La fraternité du front, celle des tranchées, est un sentiment qui doit animer notre vie publique et doit rester pour nous, acteurs publics et citoyens, une préoccupation de tous les instants. Ce serait là la meilleure manière d’honorer nos morts pour la France.

Vive la Paix

Vive l’Europe

Vive la République

Vive la France


[11/11/2018]